* Avoir 150 sociétés cotées à l’horizon 2015 passe également par l’adoption du principe de double cotation.
* L’ambition de la BVC se retrouve face aux contraintes de la réglementation des sorties de devises.
Depuis plusieurs mois déjà on entendait parler de projets ambitieux sur lesquels la société gestionnaire de la Bourse de Casablanca s’était engagée afin de donner un nouveau souffle à une place boursière en perte de vitesse. Parmi les grands chantier que Karim Hajji avait annoncés depuis son «intronisation» à la tête de la BVC, figure le recrutement de nouvelles sociétés à la cote avec un objectif de 150 à l’horizon 2015. Et pour y arriver, le top management de la Bourse avait misé à la fois sur des actions marketing visant à attirer des société marocaines, mais aussi sur différents partenariats établis, ou à établir, avec d’autres pays afin de faire de la double cotation un levier pour la place casablancaise. D’ailleurs, lors d’une récente rencontre avec la presse, K. Hajji n’a pas caché son souhait de voir des sociétés, sises dans des pays de l’Afrique de l’Ouest, rejoindre la cote casablancaise, avec une attention particulière pour les entreprises sénégalaises, maliennes et ivoiriennes. «Il s'agit de convaincre les entreprises de l'Afrique de l'Ouest ou du Maghreb de venir, soit pour se faire coter à Casablanca, soit pour avoir une double cotation». Et pour réussir, la BVC a déjà entamé sa marche vers la mise à niveau par rapport aux standards internationaux. Par ailleurs, ce projet, s’il venait à se concrétiser, permettrait aux investisseurs d’optimiser leur rentabilité dans le sens où «il serait possible d’acheter des titres sur la place casablancaise et de les revendre sur une Bourse étrangère si les conditions y sont plus favorables. Et vice versa», nous indique un analyste.
Cependant, cette ambition affichée par les responsables de la BVC se heurte à une contrainte de taille. La loi en vigueur ne prévoit pas la cotation d'entreprises étrangères à la Bourse de Casablanca. Il faut donc, au préalable, instaurer de nouveaux amendements dans le cadre de la loi sur les introductions en Bourse. Chose qui n’est, semble-t-il, pas prévue pour demain, à l’instar d’autres projets tels que le marché à terme qui tarde encore à voir le jour malgré l’annonce de l’appui total des autorités de tutelle.
Un autre obstacle freine aussi la mise en place de la double cotation. Il s’agit, bien évidemment, de la réglementation de change. Si le Maroc dispose déjà d’une réglementation encourageante, ou plutôt ne pénalisant pas les investisseurs étrangers à investir dans la Bourse de Casablancaise, il n’en est pas de même pour les investisseurs marocains qui souhaitent investir à l’étranger. L’état des réserves en devises du pays pousse, en effet, l’Office des changes à imposer des conditions draconiennes pour les sorties de devises. Et « si l’on souhaite voir un jour des doubles cotations à Casablanca, il faudrait permettre aux investisseurs de se positionner sur des valeurs à l’étranger», confie le même analyste, chose qui n’est pas évidente au vu de son impact sur la balance des paiements. D’autant plus que si l’on veut attirer des entreprises étrangères à la Bourse de Casablanca, il faudrait leur permettre de lever des fonds sur le marché et les rapatrier vers leurs pays d’origine. Cependant, «à long terme, on aura probablement plus d'entrées de devises que de sorties. Parce que Casablanca sera érigée en pôle de liquidité régionale pour les investisseurs étrangers émettant à Londres, à Paris ou à New York», rétorque K. Hajji.
Le souhait du management de la société gestionnaire de la Bourse ambitionne donc de faire de Casablanca un hub régional. Il espère donc convaincre les autorités de tutelle d’apporter les réformes nécessaires permettant d’attirer des sociétés étrangères à la cote. Reste maintenant à savoir combien de temps cela va-t-il demander.